Bobby… 25 ans plus tard…


Par Hinamoe LARA


Ses chansons sont reprises et mixées, ses tableaux ne cessent d’intriguer les visiteurs, ses idées sont de plus en plus valorisées, ses combats sont mieux compris et de plus en plus mis en œuvre, icône inoubliable de la Polynésie Bobby est devenu éternel par sa richesse artistique et son amour de la culture mao’hi.

D’un destin sombre à la lumière du génie

Robert Holcomb, connu sous le nom de Bobby, est né à Honolulu le 25 septembre 1947, d’une mère hawaïenne et portugaise et d’un père afro-américain. Ses premières années d’enfance se déroulent sur une île qui se remet des effets de la seconde Guerre Mondiale.  D’abord élevé par ses grands-parents jusqu’à l’âge de cinq ans, il est ensuite confié, par sa mère, à une famille d’accueil afro-américaine de Los Angeles. Il quitte alors Hawaii pour la Californie à l’âge de onze ans. Malgré une vie familiale chaotique, Bobby est un enfant joyeux et déjà passionné par la danse et la musique. Il s’initie alors à la peinture, laissant libre cours à sa créativité.  A treize ans, il entre à l’American School of dance de Los Angeles où il étudiera la musique et la danse durant plusieurs années. Grâce à sa famille d’accueil il découvre les rythmes noirs, le blues et le jazz et fréquente les artistes musiciens de Los Angeles.  Il expérimente la comédie musicale avec Lorraine Hans Berry[1] Dès la fin de sa formation, Bobby commence à voyager. Il s’installe une année à San Francisco avant de partir en Europe.

Un artiste aux mille facettes

Bobby est un homme aux multiples facettes : peintre, chanteur, compositeur et danseur. Il a la chance de travailler et d’apprendre aux côtés d’artistes de renom comme de Franck Zappa guitariste américain qui, comme lui a plusieurs cordes à son arc artistique et de Salvador Dalí peintre espagnol considéré comme l’un des plus marquants représentants du mouvement surréaliste. Bobby reste  quatre ans en France, côtoyant les écrivains, les artistes de son époque.

Bobby crée, avec Sylvain Duplant ; Eric Estève, le groupe Johan of Arch et participe à d’autres groupes musicaux.

Il visite la Turquie, l’Iran, L’Inde,  l’ Afghanistan, le Népal, La Grèce et Gênes avant de repartir pour les îles et découvrir la Polynésie en compagnie de deux de ses amis, en février 1976.

 Alors commence l’épisode Polynésien.

Bobby s’installe à Maeva, à Huahine en 1976 et se rapproche des Polynésiens, peuple auquel il appartient d’une certaine manière. C’est cette culture qui a bercé ses premières années à Hilo, près de ses grands-parents.

C’est sans doute pour cette raison qu’il mettra toute son énergie à protéger et à défendre la culture mao’hi au sein du « Pupu Arioi » groupe formé d’artistes et d’intellectuels polynésiens recherchant à valoriser l’identité mao’hi. Il y retrouve les poètes Henri Hiro et John Mairai, le danseur Coco Hotahota, les actrices Vaihere et Heipua Bordes. Bobby et ses amis s’attacheront, au sein du « Pupu Arioi » à dénoncer les méfaits de la colonisation, les effets néfastes des essais nucléaires sur lesquels trop de Polynésiens, particulièrement les élus politiques ferment les yeux car c’est une manne financière pour la Polynésie et même l’évangélisation qui fait perdre ses repères culturels au peuple polynésien. Il s’attire les foudres des politiques qui chercheront à le chasser de la Polynésie.

Bobby est un défenseur de la culture mao’hi, de l’environnement, de la paix, de l’amitié et tous ses combats se retrouvent dans les paroles de ses chansons. Bobby observe et s’intéresse à l’Art du Pacifique et particulièrement à celui des Samoa, des Tonga et des Marquises.

Succès et adoption polynésienne

« J’aime la société polynésienne préeuropéenne, c’était la beauté, le calme, la dignité [2]»

Bobby est souvent considéré comme un Polynésien, certains d’ailleurs, ignorent totalement qu’il est de nationalité américaine. Peut-être parce qu’il respecte tant cette culture polynésienne qu’il a appris la langue mao’hi, ou par les combats qu’il mène en faveur de la culture mao’hi, ou encore par ses chants mais il est devenu un enfant du pays à tel point qu’il est élu homme de l’année en 1988.

La musique, ouverture sur le monde

Mixage réussi de la musique polynésienne et du rythme reggae

De 1976 à sa mort survenue en 1991[3], Bobby compose des chansons, le plus souvent à thème comme « Sos Teie » pour la protection de l’environnement, ou encore pour l’amour « une chanson pour Hiro » ou par respect envers les dieux anciens « Orio » ou simplement pour le bonheur de vivre à Huahine, son île d’adoption « Huahine te tiara » ou encore pour la jeunesse polynésienne « Taurearea mao’hi ».

Bobby connaît la célébrité en Polynésie avec sa chanson Orio, suite à un concours de chant local. Cette chanson lui vaut un contrat avec Oceane Production et lui ouvre les portes des cœurs polynésiens. Il entame alors une véritable carrière locale et donne divers concerts, parfois en compagnie d’autres chanteurs comme Angelo Neuffer ou Aldo. Il compose plusieurs albums, participe à des clips vidéo pour promouvoir ses œuvres musicales.

Bobby est un personnage tout en couleur, peau très brune due au métissage de ses origines afro américaine et hawaiienne-portugaise, dreads locks accompagnant son style musical volontairement reggae, souvent vêtu de blanc et toujours couronné de fleurs.

 Le peintre des couleurs et des dieux

« Je veux montrer une autre façon de peindre la Polynésie, une façon polynésienne »[4]

Bobby n’est pas que le chanteur que l’on connaît, il est aussi danseur, compositeur et peintre.

c5f037e61eecaade299e99b12729adb0

Quand on observe ses tableaux, on remarque qu’il y a souvent un encadré comme pour délimiter les espaces réservés aux hommes et aux dieux. On retrouve souvent cette couleur brune comme la terre ou la peau des Polynésiens. Un brun chaud tirant parfois sur le rouge qui représente aussi bien les corps que la mer ou le ciel. Sans doute ses choix tenaient-ils aussi du fait qu’il utilisait les matériaux naturels locaux comme la terre rouge de Faa’a pour le brun, le charbon de racines de auti carbonisées pour le noir, le rea pour la couleur orangée. Bobby est le peintre des légendes (la légende de Maui, la légende de Mataiea, la légende du cocotier), le peintre des dieux anciens et des Polynésiens.  Ses personnages réels, comme « Püpahu’ », celle qui mène la danse, ou mystiques comme « Offrande sur un autel – Te taoa pupu i nia ite fata rau » ou Taaroa le Dieu créateur montrent à quel point le peintre aimait la Polynésie.

Bobby   luttait aussi pour un retour ou du moins la mémoire du costume polynésien préeuropéen. Il avait d’ailleurs, à l’occasion de son exposition au Musée de Tahiti et des îles, en juin 1978, présenté à la mairie de Papeete, un défilé de vêtements qu’il avait fabriqués à partir de matériaux naturels afin de faire renaître le « chic mao’hi »[5]

Bobby souhaitait plus que tout, que les Polynésiens retrouvent leurs traditions, leurs coutumes et leur identité mao’hi.

Bobby le combattant de la culture polynésienne est décédé à la suite d’une terrible maladie des vertèbres le 15 février 1991. Conformément à sa volonté il est enterré au pied du mont Mou’a Tapu, montagne sacrée que l’on voit dans certaines de ses œuvres.   Mais l’élan qu’il a donné à son combat continue d’animer la quête identitaire mao’hi.

Immortel artiste des dieux

Aujourd’hui encore, les enseignants transmettent les messages de Bobby à leurs élèves, des concours de dessins (message à Bobby) sont organisés. Divers hommages lui sont rendus par les artistes (Angelo et 535 enfants de Huahine), les écoles, les collèges[6] , le record du monde de Ukulele en 2015, « Porinetia », hommage du Sénat Hawaiien à Bobby Holcomb jr, pour sa contribution as a polynésian legend…

Des expositions de ses œuvres sont organisées. En 2010 est créée la Bobby Holcomb Foundation.

L’Office des postes et télécommunications de Polynésie française a émis en hommage à Bobby :Le 15 décembre 2011, un timbre et une enveloppe « Ta’aroa » ainsi qu’une télécarte « La légende de Hotu Hiva ». Il existe aussi des prêts à poster signés Bobby Holcomb : « Te he’era’a o te peu tumu » 1979 et « Te heiva api » 1990.

 Des chanteurs reprennent et mixent les grands succès de Bobby. Des ouvrages immortalisent le grand homme si modeste que l’on croisait dans les rues de Papeete, toujours souriant et couronné de fleurs.

Elevé dorénavant au statut d’icône culturelle, de légende, Bobby est devenu un immortel polynésien.

[1] Les Nouvelles de Tahiti, 30 mai 1978, P. 28
[2] Interview de Bobby
[3] http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb12554656k
[4] Interview de Boby, les Nouvelles de Tahiti, 7 juin 1978
[5] Terme utilisé par Bobby
[6] HOMMAGE A BOBBY : Lundi 18 avril 2016 à 18h30 au grand théâtre de la Maison de la culture à Papeete. 95 enfants et élèves des collèges de Taaone, Arue et Anne-Marie Javouhey ont rendu hommage à Bobby en chantant ou dansant sur ses chansons.


Il n'y a aucun commentaire

Ajoutez le vôtre

Like us!

ou

Inscrivez-vous

à notre newsletter

Merci !