Raiarii Bambridge, le talent dans la peau

Nous avons choisi de vous parler d’un artiste dont nous avons déjà eu l’occasion, à plusieurs reprises, d’admirer la qualité du travail et l’étendue du talent : Raiarii Bambridge alias Bam ne tatoue que depuis deux ans  mais témoigne déjà d’un talent sûr. Un style qui fait des émules bien au-delà de la Polynésie. Discussion avec un jeune homme humble et drôle au style ultra précis.

Moving Tahiti : Peux tu te présenter ?

Raiarii Bambridge : Raiarii Bambridge, j’ai 24 ans ,je suis tatoueur polynésien et je vis en France depuis un an.

M.T : Que t’ont apporté, et ne t’ont pas apporté, tes études pour ton travail de dessinateur et tatoueur ? (C’est un petit clin d’oeil car tu as fait une filières scientifiques)

R.B : Dans mon cas, les études ne m’ont pas apporté grand choses, car ayant obtenu un BAC S (Scientifique) , le tatouage est une totale réorientation (je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire dans la vie, je ne voulais surtout pas faire un travail comme tout le monde, dans un bureau ou autre, à faire toujours la même chose. Aujourd’hui j’ai hâte d’aller au boulot, je me réveil avec le sourire). Le tatouage ou l’art en général m’a toujours intéressé, mais ce n’est que l’année dernière que j’ai commencé à dessiner/tatouer, cela est devenu une passion, et j’en ai fait mon métier.

M.T : Il y a des motifs de tatoo différents pour chaque archipel de la Polynésie… Lesquels ont particulièrement influencé ton style ?

R.B : Effectivement il existe énormément de motifs venant de différentes îles de Polynésie (Marquises, Tahiti, Nouvelle-Zélande, Samoa, Tonga). Le tatouage polynésien connu pour sa richesse en signification, se fait aujourd’hui aussi pour son côté esthétique. Le style dépendra du ressenti avec le client, le rendu visuel final qu’il recherche, un aspect traditionnel avec beaucoup de noir, ou, un aspect peu plus moderne qu’on voit beaucoup aujourd’hui. Un style un peu plus affiné, avec vraiment un mélange de motifs et aussi beaucoup d’ombrages/dégradés pour donner plus de vie au tatouage. Les motifs Samoan sont très a la mode en ce moment.

M.T : Quels sont les artistes qui ont une influence concrète sur tes réalisations ? Quelles sont tes influences culturelles plus généralement ?

R.B :  Mes plus grande influences resterons mon oncle Teiva TIATIA chez qui je travaille actuellement et où j’ apprends tous les jours. Et aussi Heimanu RAAPOTO (mon tatoueur), discuter avec lui pendant mes séances de tatouage m’a appris et m’a fait comprendre beaucoup de choses, qui n’ont pas forcément de rapport avec le tatouage (pour bien bosser, il faut d’abord être bien dans sa tête). J’ai vraiment beaucoup de respect pour lui.

M.T : Quels étaient les difficultés et plaisirs sur la réalisation de tes dessins ? Y’a-t-il des différences notables entre réaliser un dessin sur papier et réaliser un dessin pour un tatouage ?

R.B : Sur papier, j’aime dessiner un peu de tout, notamment du réalisme, comme des portraits, que j’aimerais un jour pouvoir tatouer sur peau. Quand il s’agit de dessiner des motifs de tatouage, je ne suis pas spécialement inspiré face à une feuille blanche, cela vient plus facilement quand je suis face au client, et que le dessin se fait directement sur la peau. Le tatouage polynésien est connu et est aussi apprécié du fait qu’il soit réalisé a main levée, de façon à suivre la forme du corps (de la partie à tatouer) et ainsi pouvoir donner quelque chose de plus harmonieux, et bien adapter à la personne.

M.T : Quelles sont les intentions esthétiques lorsque tu tatoues ? Peux-tu me dire quelques mots sur le « cover up » ?

R.B :  Au niveau de l’esthétique, je cherche à rendre une pièce harmonieuse et pas trop chargée, il faut que le tatouage tape à l’oeil même vu de loin, et non que ça paraisse tout noir. Dans le style polynésien on utilise qu’une seule couleur qui est donc le noir, on ne peut donc jouer qu’avec la couleur de peau de la personne pour obtenir un contraste et une bonne découpe du tatouage. L’utilisation de l’ombrage/dégradés permet de vraiment faire ressortir certains motifs, et donner de la vie au tatouage. On fait évoluer le style, tout en respectant l’aspect traditionnel.

Le tatouage polynésien est souvent utilisé pour un « cover-up », n’importe quel tatouage « raté » peut se fondre/noyer dans les motifs qui peuvent s’adapter à toutes formes. Ou plutôt que recouvrir, il y a possibilité d’orner et embellir un tatouage en rajoutant des motifs autour.

M.T : Tu travailles à Paris depuis quelques mois…selon toi pourquoi les français sont-ils attirés par le tatouage polynésien ?

R.B :  Je travaille à Paris depuis Janvier 2014. J’ai vraiment été surpris de voir le succès que connait le tatouage polynésien ici. Je pense que ce qui les attire est bien sur le côté esthétique avec l’influence des stars (Dwayne Johnson Aka The Rock ou les joueurs de rugby des All Blacks), mais aussi la richesse des motifs et leurs signification, le fait d’avoir une pièce unique, et pouvoir porter sa propre histoire sur sois plait beaucoup. Et aussi comparé aux autres style de tatouage (têtes de morts, écritures…), le tatouage polynésien touche vraiment n’importe quelle catégorie de personnes, on a des clients de tout âge, tout style… C’est assez surprenant!

M.T : Pensez-vous qu’un tatouage puisse être une œuvre d’art ?

R.B : Bien sur, le tatouage EST une œuvre d’art, le tatoueur EST un artiste! Il faut se rendre compte que le tatoueur doit être capable de réaliser des œuvres uniques chaque jour, ce qui demande beaucoup d’inspirations. J’imagine que si j’étais peintre, sortir une toile par jour ne serais pas facile non plus. Et aussi la peau reste un support très difficile à travailler, et le tout c’est d’avoir une belle cicatrisation au final.

M.T : Y’a-t-il des règles d’hygiène à respecter ?

R.B :  Concernant l’hygiène, il y a des règles à respecter a la lettre, qui s’appliquent avant la réalisation du tatouage, jusqu’a l’élimination des déchets à risque (aiguilles, buses, serviettes souillées…). Pour cela, chaque tatoueur doit suivre une formation d’hygiène et salubrité dans un établissement agréé. Avec ça on ne rigole pas!

M.T : Quels sont tes projets pour 2015 ?

R.B :  Mes objectifs pour 2015 seraient de me perfectionner bien sur, c’est un métier ou on apprend tous les jours, tout au long de sa carrière. J’aimerais aussi me diversifier dans d’autres styles de tatouage comme le japonais, réalisme…

Questions de fin d’interview :

M.T : As-tu une quête dans la vie ?

R.B : Pas vraiment, c’est plus au jour le jour. Il faut juste veiller à prendre la bonne direction, faire les bon choix, et on verra bien où cela nous mène.

M.T : Ton passe-temps favori ?

R.B : Dessiner ?! Haha… Je n’ai plus vraiment de temps pour mes loisirs, mais sinon je dirais le VTT downhill ou le sport tout simplement.

M.T : Ton look de tous les jours ?

R.B : T-shirt, short et savates, même en hiver.

M.T : Si tu pouvais te réincarner que choisirais tu ?

R.B : Etre un chimpanzé ça à l’air cool !


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