Psychomotricien, Lucas Schiano rétablit le lien entre le corps et l’esprît

Portrait 2 Lucas Schiano

La profession de psychomotricien est encore peu connue du grand public. Rarement pratiquée en libéral, on la retrouve beaucoup en institution auprès de jeunes enfants ou de personnes âgées.

Nous sommes parties à la rencontre de Lucas Schiano, un psychomotricien libéral installé à Papeete, pour en savoir plus sur cette profession si particulière.

Profession de santé née en France dans les années 1945-1950, en grande partie grâce aux travaux d’Henri Vallon, du neuropsychiatre Jules Julien Benjamin Guérard et de Madame Giselle Soubiran, cette profession s’est par la suite développée dans d’autres pays.

Il est difficile de qualifier ce métier en quelques mots car il s’agit d’une profession riche et complexe. Le psychomotricien travail à la fois dans le champ sanitaire, celui de l’éducation, du bien être, du social, du loisir et du sport.

Avec ce mode de thérapie, la relation entre le patient et le thérapeute a une importance capitale. Le psychomotricien est donc très attentif à l’autre, fait preuve de compréhension et de disponibilité ainsi que de beaucoup de patience. De plus, il est en contact avec toutes les tranches d’âge, il a donc un grand sens du contact.

Il tente de favoriser le lien harmonieux entre le corps et le psychique en réduisant une douleur ou un trouble.

Lucas nous explique plus en détail….

Bonjour et merci d’avoir accepté de parler avec nous de votre profession, mais plus spécifiquement de votre travail au sein d’un cabinet libéral. Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Bonjour, et merci de votre intérêt.

Je m’appelle Lucas Schiano, j’ai 29 ans. Je suis originaire de la région de Bordeaux en métropole. Mon arrivée à Tahiti date du mois d’octobre 2017. Je suis psychomotricien, diplômé de l’école de Bordeaux depuis 2011.

La profession de psychomotricien est encore peu connue du grand public, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce métier ?

La psychomotricité s’intéresse aux liens entre le corps et le psychisme, constitutifs de chaque individu. Ce que nous appelons développement psychomoteur est le résultat de l’interaction entre les fonctions neurophysiologiques et le vécu affectif de la personne.

Avec une vision globale, le point de vue psychomoteur prend en compte différentes facettes de la personne : sa motricité globale (équilibre, différentes coordinations) et fine (mouvements des mains) ; sa communication non-verbale et verbale ; sa relation à elle-même (vécu corporel, connaissance de son corps, potentiel créatif, gestion des émotions, régulation du tonus musculaire) ; sa relation à l’environnement (autrui, espace, temps).

L’objectif des soins psychomoteurs est de permettre au patient de prendre conscience de son organisation psychomotrice, d’en déduire les dysfonctionnements et les points forts (physiques ou psychiques), et de l’accompagner vers une restauration de ses capacités d’adaptation et vers un mieux-être.

Le psychomotricien assure des missions de prévention, de dépistage, de traitement, d’éducation pour la santé et d’éducation thérapeutique.

Quels peuvent être les secteurs et les domaines d’intervention pour un(e) psychomotricien(ne), et quelles techniques thérapeutiques utilisez-vous ?

Le psychomotricien accomplit ses missions d’accompagnement dans les établissements sanitaires, médico-sociaux, sociaux, éducatifs ou en pratique libérale. Il participe aussi à la conduite d’un projet individuel de soin.

Il peut intervenir à tous les âges de la vie, auprès de nouveau-nés (prématurés ou non), enfants, adolescents, adultes, personnes âgées, femmes enceintes.

Pour ce faire, le psychomotricien utilise généralement un bilan, qui a lieu durant les premières rencontres. Ce bilan a pour rôle de recueillir la demande et de dresser un portrait de la situation. A l’issu de ce bilan, un compte-rendu oral et écrit a lieu, ainsi qu’une proposition pour faire avancer la problématique exposée.

Les techniques thérapeutiques utilisées par la suite sont diverses, on y trouve de la relaxation, de l’éducation gestuelle, de l’expression corporelle ou plastique, des activités rythmiques, ainsi que toutes sortes de jeux.

Les outils ou médiateurs dépendent du professionnel rencontré et des goûts du patient, ils peuvent être des jeux de société, du sport, du cirque, du clown, du théâtre, de l’auto-massage, de la respiration, de la méditation,  du toucher thérapeutique, et bien d’autres.

Qu’aimez-vous dans votre métier et pourquoi avoir choisi cette voie ?

J’aime rencontrer les gens, les écouter, les aider à affiner leur point de vue, leur ouvrir des portes de possibles, faire de mon mieux pour les accompagner vers plus de fluidité, de stabilité, et aussi j’aime mettre fin à un accompagnement, signe d’une évolution positive.

J’ai choisi cette voie car l’idée de rencontrer régulièrement de nouvelles personnes me paraissait être une opportunité d’aller vers un travail sans routine, en plus d’avoir le privilège de partager de nombreuses expériences de vie. Je ne m’étais pas trompé.

 Comment se déroule une séance-type ?

Une séance type se compose d’un temps d’accueil, d’un corps de séance avec utilisation d’un ou plusieurs médiateurs, et d’un temps de clôture.

Le contenu de la séance varie principalement selon l’objectif de travail que nous nous sommes fixés, la dynamique d’évolution en cours, et aussi selon les affinités et la disponibilité du patient au moment de la rencontre.

Concernant les apprentissages scolaires, quels sont pour vous les points sur lesquels parents et instituteurs doivent être vigilants ? Qu’est-ce qui, dans leurs observations, pourrait leur laisser penser à la nécessité d’une prise en charge en psychomotricité ?

D’une manière générale, la psychomotricité concerne tout enfant dont les parents s’inquiètent à tort ou à raison de son développement ou de son comportement ; les enfants en retard dans leur développement psychomoteur (propreté, déplacements…) ; ceux en difficulté d’apprentissage ; ceux présentant des troubles tonico-émotionnels (instabilité, nervosité ou au contraire passivité, lenteur) ; ceux qui sont stressés, déprimés ; ceux en difficulté pour s’adapter à leur environnement ; ceux qui sont perdus dans l’espace et/ou le temps ; et enfin ceux en difficulté pour leurs réalisation motrices fines ou globales (gestes du quotidien comme l’habillage ou l’alimentation par exemple, le manque d’aisance, l’écriture…). Sont concernés les enfants porteurs de handicap ou non.

Il apparaît important de ne pas hésiter à communiquer lorsque certains aspects du développement d’un enfant posent question. Cela permet de prendre du recul, d’entrevoir des solutions, et d’entretenir la dynamique d’évolution.

Il est aussi bon de savoir que plus un enfant est jeune plus ses capacités d’évolution et d’adaptation sont développées ou développables.

On entend souvent que la psychomotricité s’adresse aux enfants, recevez-vous des adultes ? des personnes âgées ?

Il est vrai que la psychomotricité est particulièrement développée auprès des enfants. Cependant, nous sommes en effet en mesure de travailler avec des adultes pour aider par exemple sur certaines problématiques comme la gestion des émotions, le stress, la dépression, les difficultés d’adaptation à l’environnement, le repérage dans l’espace et le temps, l’habileté dans les gestes quotidiens… Ici aussi, en lien avec un handicap ou non.

Auprès des personnes âgées, le métier est en pleine expansion. Les problématiques qui les amènent à rencontrer des psychomotriciens sont principalement des préoccupations autour de la réduction de l’autonomie, les pertes de repères dus au vieillissement du corps, les chutes, la démence.

Vous êtes-vous spécialisé dans un domaine en particulier ?

Il n’y a pas réellement de spécialisation en psychomotricité, nous parlons plutôt de formations annexes qui viennent enrichir la pratique. Pour ma part, j’ai développé particulièrement le toucher thérapeutique, la création, le sport et le jeu. De plus, j’ai eu l’opportunité de travailler dans de multiples endroits, ce qui m’a permis de faire évoluer ma pratique afin qu’elle soit adaptable et adaptée à toute sorte de public.

La psychomotricité en libéral n’est pas remboursée. Est-ce que vous constatez, dans votre pratique, que c’est un frein pour les familles ?

En effet, une partie de la population n’est pas en mesure de s’offrir les services d’un psychomotricien en libéral. C’est une question à laquelle je suis sensible. J’invite tout de même les gens qui en ont la nécessité de ne pas hésiter à appeler pour exposer leur situation. Des solutions diverses peuvent être proposées tout en tenant compte des contraintes financières de chacun (réorientation, avis téléphonique et solutions à inventer ensemble).

Quelles sont pour vous les qualités requises pour exercer la psychomotricité en cabinet libéral ?

Je pense qu’il est nécessaire d’avoir une qualité d’écoute développée, une connaissance affinée de ses possibilités et de ses limites, de la patience, de la créativité, de la curiosité, et enfin de savoir se remettre en question et gérer ses émotions.

Ses qualités peuvent évidemment se développer et sont un des objectifs principaux de la formation de 3 ans pour devenir psychomotricien.

Pour conclure, que diriez-vous aux psychomotriciens ou futurs psychomotriciens qui envisagent de s’installer en libéral ?

Je leur dirais qu’il semble préférable de pratiquer d’abord au sein d’une ou plusieurs équipes avant de se lancer. Le travail en équipe permet de discuter régulièrement de sa pratique, de prendre du recul plus facilement, ainsi que d’enrichir la multiplicité des points de vue possibles pour un même patient. Cela constitue un socle d’expériences utile lorsque nous travaillons seuls par la suite. Il me semble aussi important de souligner qu’il est primordial de continuer à se former régulièrement à de nouvelles approches, ainsi que de garder contact avec d’autres professionnels du soin, afin de garder une pratique vivante de notre métier.


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