Pourquoi est-ce si difficile d’être une femme ?

Être une femme est, faute d’un mot plus approprié, difficile.

On ne parle pas de l’épilation systématique de presque toutes les parties du corps ou des périodes douloureuses de nausées, ni des seins douloureux et incommodants. On ne parle même pas du harcèlement sexuel ou de la peur omniprésente qu’on nous apprend à ressentir lorsque nous sommes seules.

On parle des décisions que nous prenons. Les choix de vie simples ou décisifs qui se présentent lorsqu’on grandit, qu’on prend des responsabilités.

Comment quelqu’un peut s’attendre à ce que nous soyons confiantes et rassurées.

Si nous décidons d’aller à l’université après le lycée, c’est pour chercher un mari. Si nous décidons de ne pas aller à l’école, nous ne nous valorisons pas assez pour investir dans notre avenir.

Si on ne fait pas la fête, on est des prudes débiles et si on fait la fête, on cherche à attirer l’attention ou qu’on est juste des petites dévergondées.

Si nous nous marions, nous voulons qu’un autre subvienne à nos besoins ou ou nous avons décidé que nos rêves ne valaient pas la peine d’être réalisés. Si on ne se marie pas, c’est parce qu’on n’est pas assez attirantes.

Si nous avons des enfants, nous renonçons à nos ambitions personnelles et ne nous soucions plus de notre corps car nous avons décidé de vivre uniquement pour nos enfants. Si nous n’avons pas d’enfants, nous sommes des narcissiques égoïstes qui le regretteront plus tard pendant que nos treize chats attendent notre mort.

Si nous sommes des mères au foyer, nous sommes des parasites paresseux, aspirant la vie de notre compte bancaire tout en mangeant des sacs entiers de Doritos en une seule séance. Si nous décidons de retourner au travail, eh bien, nous n’aurions pas dû avoir d’enfant au départ.

Si nous prenons la pilule, nous sommes des traînées débiles qui sont incapables de s’engager. Si nous tombons en cloque, nous sommes des crétines qui, apparemment, sont incapables d’utiliser un moyen de contraception.

Si nous allaitons, nous attirons inutilement l’attention sur nous-mêmes et si nous choisissons le biberon, nous sommes des femmes égoïstes manipulées par la société et qui pensent que notre corps n’est utile que pour le sexe.

Si nous n’aimons pas les femmes, nous sommes des traîtres et si nous n’aimons pas les hommes, nous sommes des psychopathes féministes.

Si nous sommes rondes, nous sommes paresseuses et n’avons pas d’estime de soi ni de volonté. Si nous sommes maigres, nous souffrons d’un trouble alimentaire caché.

Si nous portons une jupe, nous recherchons à nous faire remarquer par les hommes et devons répondre à toutes les avances sexuelles. Si on porte un pantalon, on est soit lesbienne, soit puritaine, soit allumeuse.

Si nous avons des enfants et décidons de sortir sans eux, nous fuyons nos responsabilités et n’accordons pas assez de temps à nos familles. Si nous sortons avec nos enfants, nous sommes gênantes pour ceux qui n’en ont pas et nous devrions apprendre à les mieux les gérer pour le bien de ceux qui nous entourent.

Si on se maquille, on se soucie de ce que pensent les autres. Si on ne se maquille pas, on est des filles désabusées qui renoncent à l’amour.

Si nous nous défendons, nous sommes des fanatiques hypersensibles et si nous restons silencieuses, nous sommes des paillassons inutiles.

Si nous pleurons, nous sommes des folles émotives, à la merci de nos hormones et si nous ne pleurons pas, nous sommes des salopes au coeur de pierre, incapables de rien ressentir.

Si on fait la fête avant d’être parents, on sera de mauvaises mères. Si nous n’avons pas fait la fête, nous le regretterons et la crise inévitable de la quarantaine ne nous épargnera pas.

Si nous avons eu un accouchement naturel, nous essayons de prouver quelque chose et si nous avons eu une péridurale et/ou une césarienne, nous sommes des femmes faibles, incapable de faire confiance à notre corps.

Si nous décidons de dîner seules, nous sommes désespérées et digne de compassion. Si nous dînons avec nos amis, nous sommes une bande de poules qui gloussent, avec des conversations stupides et nos rires bruyants.

Si nous signalons une agression sexuelle, nous sommes des menteuses ou des personnes qui cherchent à attirer l’attention, qui se sentent coupables et essaient de cacher nos désirs sexuels. Si nous ne signalons pas d’agression sexuelle, nous sommes des lâches qui rendent un mauvais service non seulement à nous-mêmes, mais aussi aux victimes potentielles.

Si nous sommes avec nos enfants et que nous sommes sur nos téléphones, nous sommes des parents trop connectés qui se préoccupent des réseaux sociaux, de la technologie ou de tout ce qui suit. Si nous ne répondons pas au téléphone, nous sommes agaçantes ou injoignables.

Si nous aimons le sport, nous essayons de rivaliser avec les mecs et si nous n’aimons pas le sport, nous sommes trop féminines pour être intéressantes.

Si nous écrivons à quel point il est difficile d’être une femme, nous sommes des pleurnichardes, ingrates et probablement féministes qui rendraient malheureux n’importe quel homme. Si ce n’est pas le cas, nous sommes tellement ancrés dans le système patriarcal et incapables de réaliser qu’il existe autre chose

En fin de compte l’épilation, les règles et les seins sont effectivement contraignants mais comment décider quel genre de femme nous devons être sans que rien de nous soit reprocher ?

C’est, faute d’un mot plus approprié, difficile.


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