Teva VICTOR : Des chefs d’oeuvres cosmiques

Originaire de Bora Bora, Teva Victor travaille la matière depuis l’âge de 18 ans. Initié à l’art par son père, il commence par le bois et passe rapidement à la pierre. Un travail encore plus difficile et physique certes, mais l’artiste reste subjugué par cette pierre intemporelle et par sa puissance.

Teva le dit : à travers son art, le plus important est « que la pierre puisse s’exprimer« .

Ayant grandi au beau milieu de la nature sur un petit ilot, l’artiste tient particulièrement au respect de son environnement, de la nature.

De la beauté brute de la nature à l’empreinte fine du sculpteur, le résultat est stupéfiant. En ressort alors le travail profond de l’artiste sur la pierre et une expression intense des sentiments.

Cela fait maintenant plus de 20 ans que l’artiste suit le chemin de l’art… Découvrez-le.

Moving Tahiti : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Teva Victor : Je m’appelle Teva Victor, je suis originaire de Bora Bora où j’ai grandi au milieu de la nature et des animaux, sur un motu.
Cela fait plus de 20 ans que je sculpte, et environ 14 que je sculpte la pierre.

A quel moment et par quelles motivations avez-vous été conduit à la sculpture ?

J’ai été guidé très jeune par mon père a toujours avoir un crayon dans la main et dessiner ce que je voyais devant moi… Donc le coté artistique a été présent très tôt.
Ce n’est qu’à mes 18 ans, qu’un ami de la famille est venu sculpter un cocotier chez nous et m’a filer un maillet et une gouge pour l’aider à dégrossir sa futur œuvre, m’expliquant les deux trois règles à savoir…

Quelle pierre utilisez-vous et dans quelle catégorie positionnez-vous votre art ?

Je sculpte la pierre volcanique que je trouve ici sur notre Fenua. Principalement du basalte donc. Je situerais mon travail dans l’art contemporain tout en gardant souvent un lien avec ma culture locale.

Etes-vous autodidacte ou avez-vous suivi une formation ?

Dans la sculpture, on peut dire que je suis autodidacte. Comme j’ai dit plus haut j’ai bien reçu quelques conseils, mais on ne peut pas parler de formations ou de cours…
Par contre j’ai fait un peu d’histoire de l’art, et pris quelques cours de peintures et de couleurs…

Dans votre vie, avez-vous croisé des personnes qui ont influencé votre créativité et votre manière d’être ?

Ma manière d’être oui clairement : mes parents principalement bien sûr, avec des valeurs humaines de profond respect pour son environnement qu’il soit naturel, humain ou soi-même, et qui se sont renforcé avec le temps et les expériences…

Après dans ma créativité, j’ai toujours été fasciné par les grandes sculptures de civilisations « oubliés » comme les grandes statues Aztèques ou Maya, ou certaines sculptures égyptiennes. Un peu comme dans les films ou une tête sort de terre au milieu de la jungle ! J’adore les œuvres in situ, et j’aspire à travailler avec les autorités locales pour faire des œuvres in situ sur des parcours de randonnées par exemple.

Quels sont les maitres desquels vous avez pu vous inspirer ou qui ont su conforter votre goût pour la sculpture ?

Je suis quelqu’un de très tactile, donc mon gout pour la sculpture a toujours été une évidence pour moi.
Par contre il y a des artistes que j’aime beaucoup, et d’ailleurs je partage régulièrement sur ma page Facebook  des liens d’artistes que je connais ou que je découvre qui m’émeut…

Quel est l’élément le plus important dans votre travail ?

Que la pierre puisse s’exprimer.

Quelles sont, selon vous, les qualités requises pour être sculpteur ?

Il faut savoir appréhender les proportions et les formes.
J’allais dire il faut savoir dessiner, et c’est vraie évidement, mais je ne voudrais pas démotiver quelqu’un à essayer simplement parce qu’il ne sait pas dessiner ; car je suis persuadé qu’il y a des personnes qui sont doués de naissance pour tel ou tel chose, et qui vont le faire d’instinct sans passer par les étapes classiques. Peut-être la mémoire d’une autre vie ?

Pouvez-vous expliquer quel est le moment que vous préférez lorsque vous sculptez ?

Il y en a deux :
– Le premier c’est quand je commence à trouver l’entité qui est dans la pierre, que j’ai le début du filon de là ou je vais : j’ai déjà avancé sur le dégrossissement, mais je ne sais pas trop ou je vais, et à un moment, après des heures de « dialogue » entre elle et moi, elle me livre un indice, qui me permet de la suivre et de l’aider à la dévoiler.
– Le deuxième c’est quand je polie une face de mon œuvre et que je découvre la personnalité cachée de la pierre : ses couleurs, ses dessins, son cœur quoi.

Pourriez-vous dire à quel moment vous vient l’inspiration ?

Comme je l’ai dit plus haut, elle me vient quand la pierre et moi nous nous sommes un peu apprivoisés et du coup qu’elle me laisse entrevoir un peu de qui elle est et de ce qu’elle veut…

Mais ça peut aussi venir par la forme de la pierre, surtout quand je fais des œuvres monumentales alors.

Quel message voudriez-vous faire passer au travers de vos sculptures, en particulier aux générations futures ?

Respectez ! Respectez votre environnement, car il était là avant vous et il mérite d’être considéré et honoré pour tout le travail qu’il a déjà effectué avant votre venue (je garde toujours une grande partie de la pierre que je sculpte à l’état naturel pour cette raison précise) ; mais respectez-vous aussi : écoutez votre intuition, votre petite voie intérieur qui vous dit quand vous faites quelque chose de bien pour vous et ce qui vous entoure, ou quand vous faites quelque chose de mal…

Et aujourd’hui, y a-t-il en dehors de la sculpture, d’autres passions que nous pourrions vous découvrir ?

En passion c’est celle-là.

Après je fais aussi de la médiation : c’est-à-dire que j’aide légalement des couples ou des personnes qui ont un différend à renouer le dialogue et mieux s’entendre et se comprendre pour qu’ils puissent trouver eux même leur solution.

Quels sont vos projets et vos attentes concernant l’art ?

J’aime de plus en plus faire des œuvres monumentales, alors j’espère pouvoir toujours attirer des acheteurs dans ce domaine, localement, internationalement, et dans nos institutions.

Et enfin, comment envisagez-vous l’avenir de l’art en Polynésie française et dans le Pacifique ?

J’ai beaucoup d’espoir pour nos jeunes talents en Polynésie française, surtout avec notre nouveau ministre de la culture qui veut faire bouger les choses dans ce domaine.

Questions de fin d’interview :

Que mettez-vous dans votre sac en priorité chaque jour ?

Du respect, de l’honnêteté et de la gratitude.

Si vous deviez vous réincarner, que choisiriez-vous ?

Je choisirais de me réincarner en homme. Car c’est le seul être qui puisse pleinement profiter sur terre, dans les airs, sous l’eau, et en être conscient, et qui en plus peut exprimer ces joies de la vie au travers de l’art…


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